Musiciens, une enquête-composée / a enquiry-composed (2020) – 1h55m – [op.38]

« […] nous appelons récit […]
ce qu’Aristote appelle muthos,
c’est-à-dire l’agencement des faits » 
(Paul Ricœur, 1983 : 76)

Musiciens est une enquête-composée, un récit, un agencement de faits, une composition. D’un côté ce projet s’inspire aux « récits de vie », une technique d’enquête en sciences sociales, de l’autre aux enquêtes menées par François Delalande auprès des compositeurs électroniques. J’ai demandé à des interprètes de raconter leur histoire avec leur instrument. De là, j’ai extrait des parties, j’ai composé leur histoire et avec leurs mots, en me faisant inspirer de leurs récits, qu’en quelque sorte j’ai analysé – ou disposé dans un temps – par la musique. Je leur ai demandé de jouer et j’ai enregistré leurs sons.

À l’origine de cette idée il y a l’envie de voyager sur les mots des musiciens, qui me suggèrent des sons, des musiques, des couleurs. Les interprètes interviewés parlent de musique, jouent de leur instrument, font des exemples, racontent leur histoire. Ainsi, ils font résonner toute la musique. J’ai alors surfé sur les paroles et j’ai traversé les musiques évoquées. Dans l’époque actuelle, dans laquelle la musique est labélisée, taguée, fragmentée en données, j’aimais me rappeler qu’elle est aussi un besoin et un désir, le résultat d’un défi, d’une envie et d’une conquête, parfois la cause de choix importants et le motif de voyages.

Les musiciens interviewés je les ai rencontrés chez eux. Je les connaissais déjà et certains ont joué ma musique ; ils sont tous actifs sur Paris. L’enregistrement que j’ai réalisé documente leur parcours, le choix de vie liées à leur instrument, leurs histoires personnelles, la musique qu’elles/ils aiment écouter et jouer. Les interviews étaient parfois très longues, de plusieurs heures. J’ai sélectionné des parties et j’ai créé une sorte de narration. J’ai utilisé les musiques qu’ils ont jouées pour composer ; ce sont de véritables objets trouvés au fil de la rencontre. Souvent j’ai enlevé leurs commentaires sur les musiques pour les utiliser comme une trace pour la composition. Comme dans un dialogue différé, je pense ces témoignages comme des documents dans lesquels je cherche un arrière-plan, une idée musicale ; la musique est aux marges des paroles ; comme si j’imaginais le son de leur histoire. C’est aussi la temporalité de l’entretien qui m’intéresse. Je voulais questionner son déploiement d’une manière sensible, sonore, intime.

Le résultat de ce projet est une musique électronique avec voix enregistrées, mais le texte est un véritable entretien plutôt qu’un texte finement construit. Cela permet de composer dans une modalité de découverte. Je pense ces compositions comme quelque chose entre le documentaire, le podcast, le témoignage, l’hommage aux interprètes et la musique. J’ai recherché cette multiplicité ainsi que l’ambiguïté qu’elle engendre.

Épisodes

1. Lucia Peralta, altiste [durée 34 minutes]
2. Mathieu Steffanus, clarinettiste [durée 28 minutes]
3. Aurélie Saraf, harpiste [durée 29 minutes]
4. Franco Venturini, pianiste et compositeur [durée 24 minutes]

Durée totale : 1h55
Format : fichier stéréo 44.1 KHz 24 bit